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  • Hugo Destot

Woodstock 99 : l’impossible Woodstock 69



Quand on pense à Woodstock, on pense directement à Woodstock 69 , aux hippies, le summer of love, Jimi Hendrix, etc…

Cependant, ce Woodstock n’est en réalité dans sa dénomination pas unique, s’il est dans l’imaginaire collectif unique de par les concerts mythiques qui se sont déroulés (Joe Cocker, Jimi Hendrix, Santana avec le musicien le plus jeune du festival Michael Shrieve batteur de 19 ans alors ou encore les Who, seul groupe a avoir participé à Woodstock 69, Monterey, Isle of Wight, Live Aid et Live 8), l’esprit qui en a découlé et l’apogée hippie qu’il représentait, il est d’un point de vue sémantique, triple, avec Woodstock 69, 94 et 99. Nous allons nous intéresser au dernier de ces trois Woodstock, mais tout d’abord faisons un petit retour en arrière.


L’originel Woodstock pris place en 1969, à l’initiative d’un homme qui nous intéressera plus tard dans l’article, Michael Lang, à Bethel au sein de la ferme de Max Yasgur. Michael souhaite organiser un festival hippie réunissant des milliers de personnes célébrant la paix, l’amour et l’unité, ainsi que le mode de vie hippie. Ce festival est plus qu’une réussite, il est en toute objectivité, le plus grand festival de tous les temps et sur tous les point, tant du point de vue des artistes, que de l’organisation, et c’est ce point qui fera entre autres défaut à Woodstock 99. Un festival glorifié, maintes fois répété mais jamais égalé et à raison, on ne peut reproduire la perfection qu’a constitué Woodstock. En effet, si Woodstock a pu réussir c’est aussi dû au fait que les conditions objectives étaient présentes pour que ce festival soit une réussite, en l’occurrence le mouvement hippie et des jeunes voulant célébrer la paix, le festival disposait déjà de sa communauté qui se comptait alors en milliers. Le public était prêt à recevoir un festival de l’ampleur de Woodstock et l’ont ainsi fait rentrer dans la légende.


Des décennies plus tard, en 1994, Michael Lang souhaite tenter l’expérience à nouveau, renouer avec le glorieux passé de Woodstock 69, cependant, les hippies ne sont plus et les groupes qui allaient avec ainsi que le style de musique non plus, les années 90 ne sont pas celles de l’amour et de la paix mais de la consommation de masse et de la violence, des valeurs alors aux antipodes des hippies et de Woodstock 69. Si le mouvement hippie fut blessé un soir de novembre 1970 à Altamont, les coups de grâce furent portés successivement par Woodstock 94 et 99. En effet, d’un point de vue théorique, le public n’était pas prêt à recevoir ce festival de paix, car le public des années 90 n’est pas celui des années 60, il est désillusionné, le rêve n’existe plus, les hippies ont perdu et les jeunes en ont conscience. Les années 90, ce sont les années du grunge, de Fight Club, de MTV et de la tuerie de Columbine, des exemples soulignant à merveille alors la violence et le désespoir qui régnait lors des années 90. D’un point de vue musical, c’est encore plus frappant, aux Etats-Unis, les genres principaux sont alors le grunge, le hard rock et le rap, des musiques qui ne correspondent pas à Woodstock et aux messages de paix, de trip psychédélique des années 60. Woodstock 94 comme Woodstock 99 sont les festivals du désespoir et des rêves envolés, le rêve n’est plus, à quoi bon vivre dans cette société, si ce n’est pour être violent. En pratique, la théorie se confirma,


Woodstock 94 sera renommé « Mudstock », des bagarres éclatèrent tout au long du festival mais un semblant d’esprit bon-enfant persistait et on crut même à un moment que le retour des hippies pourrait être possible.

Ce ne fut qu’une illusion et Woodstock 99 confirma la tendance dominante des années 90 et signera l’arrêt de mort des hippies et de Woodstock. Woodstock 99 et encore à l’initiative de Michael Lang mais cette fois-ci accompagné du producteur John Scher alors avide d’argent et qui dénaturera l’esprit de Woodstock au profit du gain et au détriment de l’expérience du public. Les raisons de l’échec sont multiples, contrairement à l'emplacement rural et paisible de l'original, Woodstock 99 a eu lieu sur une base aérienne, qui était principalement constitué de béton et d'asphalte. Cela a créé un environnement hostile aux festivaliers, avec peu d'ombre et des températures estivales élevées.


Les festivaliers ont dû faire face à des toilettes insuffisantes, une pénurie d'eau, des prix exorbitants pour la nourriture et les boissons, et des installations sanitaires sales et inadéquates. Les prix des billets et des produits vendus sur place étaient excessivement élevés, ce qui a suscité des critiques et des réclamations de la part des festivaliers. Les organisateurs ont été critiqués pour leur mauvaise gestion de l'événement, notamment en ce qui concerne la sécurité, la santé et le bien-être des festivaliers. Le festival s'est déroulé sans une planification adéquate pour faire face à l'ampleur de l'événement et à la sécurité des participants. Les infrastructures, y compris les scènes et les barrières de sécurité, ont montré des signes de défaillance, ce qui a créé des situations dangereuses, les festivaliers ont aussi tenté de faire tomber la tour principale où se situait les caméramans. Certaines des performances musicales, en particulier celles de groupes de rock alternatif, ont été associées à des comportements provocateurs et agressifs, alimentant davantage le mécontentement parmi le public, notamment Limp Bizkit appelant à tout détruire ou encore Korn, mais aussi avec la présence d’un hangar destiné à la musique électro et au rave mais qui fut en réalité le lieu de tous les vices, notamment sexuels avec des orgies mais aussi des dérives avec de nombreuses femmes qui subirent des violences sexuelles, la paix et l’amour ont laissé place au chaos et à la violence gratuite.


Mais surtout c’est le fossé générationnel entre les années 60 et 90 qui est frappant, en témoigne de nombreux exemples, Le groupe Country Joe and the Fish est célèbre pour sa performance de "The Fish Cheer" à Woodstock 1969, une séquence de questions-réponses avec le public au cours de laquelle Joe épelle le mot "fish" (par exemple, "Give me an F!..."). Cependant, à Woodstock '69, cette séquence a été modifiée pour inclure le mot "fuck". George W. Bush, qui a repris ce cri, n'a suscité aucune réaction significative de la foule, car la référence n'était pas comprise. Lorsque Creed a invité Robby Krieger, le guitariste des Doors, à se joindre à eux, la foule, composée en grande partie de jeunes festivaliers, n'a pas reconnu Krieger. De plus, lors de sa performance, Wyclef Jean a joué "The Star-Spangled Banner" et a ensuite mis le feu à sa guitare, reprenant ainsi un élément mémorable de Woodstock 1969. Cependant, ces références au festival original ont été mal comprises par le public, ce qui a suscité des critiques. Beaucoup ont considéré que ces tentatives faisaient partie d'une approche capitaliste du festival, cherchant à exploiter une nostalgie artificielle pour un événement survenu 30 ans plus tôt, une époque à laquelle la plupart des participants de Woodstock '99 n'étaient même pas nés.


Les gens pensaient revivre Woodstock 69 mais les organisateurs pensaient au gain et le public n’était plus en adéquation avec les valeurs hippies d’antan. Michael Lang fut naïf de croire que les hippies n’étaient pas mort et se raccrochait à ses souvenir passés dans l’optique d’un jour pouvoir les revivre. Deux histoires peuvent clore cet article et souligner l’échec de Woodstock 99. La première se déroula après les concerts de la seconde journée dans le hangar destiné au rave, des dizaines de milliers de personnes sont présentes, Fatboy Slim joue son set lorsqu’une camionnette traverse à basse allure la foule, le conducteur a une machette dans les mains, la porte arrière s’ouvre et un homme est en train de violer une fillette de 15 ans, visiblement droguée, le concert s’arrête mais les organisateurs prennent énormément de temps avant d’agir et de sauver la fille tandis que ses agresseurs s’en sortent. La seconde, est celle de la destruction intégrale des infrastructures du festival ainsi que le pillage des stands, symbolisant le déchainement de violence du public et de la soif de chaos qui régnait dans l’air depuis le début du festival.

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